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Antipresse 59 | Complément exclusif
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07:59 (Il y a 3 heures)

À moi
Exergue

Du fait d’une erreur de manipulation, le n° 59 d’Antipresse ne comprenait pas la rubrique «Enfumages» promise.

S’agissant d’une petite enquête de la plus haute actualité concernant la fabrication des dossiers de «compromission» à Washington, nous avons décidé de ne pas la renvoyer au prochain numéro, mais de la passer en complément spécial.

Et comme nous sommes dans la semaine fatidique de la passation de pouvoirs, nous y ajoutons aussi, en «désinvité», un entretien exclusif et passionnant avec Paul Craig Roberts réalisé quelques jours après l’élection présidentielle. L’entretien en son état actuel est malheureusement en anglais. Faute de temps, nous n’avons pu sous-titrer les 52 minutes d’entretien, mais la contribution des lecteurs serait bienvenue pour ce travail, afin que nous puissions proposer une version sous-titrée en français dans le prochain numéro ou le suivant!

(Pour cela, nous écrire directement à antipresse@antipresse.net!)
ENFUMAGES par Fernand Le Pic
L’art du croche-pied à la Maison-Blanche

Au lendemain de l’élection de Donald Trump, Obama reçoit le vainqueur à la maison blanche. Le président élu lance les satisfecit à tout va parlant d’un meeting excellent pour cette première rencontre entre les deux hommes. Obama confirme qu’il fera tout pour que la transition fonctionne bien car pour lui «la transmission pacifique du pouvoir est l’une des caractéristiques de la démocratie». Quelques jours plus tard, dans une mise en scène un peu surfaite, c’est d’Athènes qu’il renouvelle sa garantie pour une «transition douce». Il ajoute qu’en sa qualité de président des États-Unis il se sent responsable de tout faire pour «faciliter une bonne transition».

Il n’a pas fallu longtemps pour découvrir que derrière ses promesses glamour prononcées devant des parterres abêtis par huit ans de feinte élégance, il signifiait en réalité qu’il allait savonner la planche de Trump à l’huile de poix.

Hormis le fait qu’il révélait ainsi l’inversion de sens systématique de tous ses discours, il aura sans doute péché par excès de confiance. C’est le lot des faisans et autres gallinacées choyées par Audiard.

Ce sont peut-être les 35 pages de l’officier Christopher Steele qui exposeront le niveau de la flibuste. En anglais de la Maison Blanche on appelle cela «oppo» pour «opposition research». En clair rechercher, trouver, voire fabriquer de toutes pièces, et utiliser tout ce qui peut compromettre son adversaire politique, l’équivalent du «kompromat» russe, dont on entend soudain beaucoup parler ces derniers temps.

A la Maison blanche l’oppo se gère à temps plein. L’un de ces appointés se rendit célèbre pour avoir presque réussi à faire passer les déboires lewinskiens de Bill Clinton pour un complot des Républicains. Il travailla six ans pour les Clinton à demeure présidentielle. Son nom, il le signait au coude de ses coups bas: Chris Lehane. Le New York Times, pourtant de son bord, n’hésita pas à le qualifier de «Master of the Political Dark Arts», lorsqu’il s’occupa de la campagne du général Wesley Clark en 2004. Il le préféra à Kerry jugé trop conciliant. Plus tard, Lehane comptera parmi ses clients fidèles Lance Amstrong, qui sut si bien mentir. Il a toujours assumé sa réputation de fomenteur. Il en fit même un livre de référence avec son mentor Mark Fabiani, dont le titre fleure bon l’instantané de la morsure en politique, l’effet polaroid du fait divers organisé: Masters of disaster, the ten commandements of damage control (éd. Palgrave Mcmillan 2012, rééd St. Martin’s Griffin 2014).

En 2010, l’ancien employé de la Maison Blanche qui y a toujours ses entrées, représente les intérêts d’un sheikh héritier éconduit, celui de l’émirat de Ras al-Khaimah à qui son émir de père préféra un frère pour lui succéder au trône. Il se trouve que ledit sheikh est un intime des Clinton et suffisamment proche d’Obama pour compter parmi ses invités de marque lors de son investiture de 2009. En fait, s’il fut éconduit par son père, c’était justement parce qu’on lui reprochait d’être trop proche des Américains et trop ouvertement anti-iranien. Alors Chris Lehane aura pour mission de l’aider à retrouver son trône, avec l’aide des États-Unis, en insistant sur le fait qu’il sera un rempart contre l’hégémonie iranienne. On réserva des pages dans les journaux on créa des sites web et on placarda des affiches sur les bus. Une grosse campagne. Lehane s’adjoint pour ce faire les services d’une firme classique de relations publiques du nom de California Strategies et ceux d’une «oppo» beaucoup plus glauque et qu’il connaît bien, du nom de SNS Global, dirigée notamment par Glenn Simpson, un ancien du Wall Street Journal. C’est ce même Glenn Simpson qui venait de créer en parallèle l’officine des basses œuvres démocrates «Fusion GPS» avec Tom Catan et Peter Fritsch, également deux anciens du Wall Street Journal.

Or, un beau jour, des journalistes du Spiegel informent California Strategies qu’ils ont reçu copie de ses dossiers confidentiels relatifs au sheikh, y compris le montant des honoraires qu’il a déjà payés, soit 3,6 millions de dollars. Deux semaines plus tard, c’est au tour du Guardian à Londres de recevoir les mêmes documents hackés.

Du coup California Strategies porte plainte directement auprès d’Eric Holder, l’Attorney général des États-Unis (un intime d’Obama) en spécifiant que les documents aspirés «contiennent des communications avec des responsables de haut rang du gouvernement fédéral, pouvant être compromettantes ». A l’époque les soupçons se tournèrent très officiellement vers l’Iran. Glenn Simpson produisit d’ailleurs un rapport (de 36 pages) détaillant tout l’intérêt qu’aurait eu la République d’Iran à hacker California Strategies au moment où, justement, elle allait faire l’objet de nouvelles sanctions.

N’est-il pas curieux de retrouver tout ce petit monde de Fusion GPS comme commanditaire d’un dossier relatif à des situations compromettantes pour Donald Trump, le tout sur fond de hacking fumants révélant les turpitudes de leur patronne déchue Hillary Clinton? Car c’est bien le même Glenn Simpson qui enrôla l’agent anglais Christopher Steele, aujourd’hui en fuite éperdue, afin qu’il signât un rapport qui était peut-être issu de sa propre imagination. Un faux grossier dont les sources sont attribuées non pas à l’Iran cette fois mais à la Russie, et qui est destiné, comme on le sait, à démolir la légitimité de Donald Trump. Ce qui est cocasse, c’est que le rapport en question fait encore 35 pages, sans doute un standard de la Maison Simpson.

Quant à Chris Lehane, on le voit encore se glisser discrètement dans les couloirs de la Maison Blanche pour y rencontrer sa collègue actuelle en damage control Shailagh Murray. Le 8 février 2016, par exemple, ils passèrent seize heures de travail ensemble. On peut même vous dire que son numéro de rendez-vous était le U73070. Mais officiellement c’était pour parler de RbnB, la nouvelle affaire d’hôtellerie privée qu’il a fondée avec une ex-collègue de la Maison blanche: Sarah Bianchi. Seize heures! C’est bien un minimum pour parler business, non? Rappelons au passage que Sarah Bianchi est la même qui croisa Philipp Hildebrand, l’ancien patron de la Banque Nationale Suisse, chez BlackRock, une firme qui s’est notamment occupée d’orienter la gestion que l’on connaît de la dette grecque.

Au moins en 2010, la presse locale, notamment le San Francisco Gate (SF-GATE) du 8 juin 2010, osait encore dire que cette flibuste était une habituée des intrigues et que le hacking de California Strategies venait plus vraisemblablement de rivaux républicains que des Gardiens de la révolution.

En 2017, Trump n’a quant à lui pu compter que sur ses propres tripes.
Le désinvité de la semaine
Paul Craig Roberts et le détournement de la démocratie américaine

Ex-secrétaire du Trésor, Paul Craig Roberts est aujourd’hui l’une des voix les plus écoutées de la pensée conservatrice aux Etats-Unis. Depuis des années, il chronique la dérive des institutions et de la culture politique de son pays avec des mots clairs et des positions tranchées — positions empreintes de rectitude morale qui ne sont réductibles à celles d’aucun des partis en présence.

PCR est une grande conscience solitaire du Sud. Son immense ouvrage L’Amérique perdue paraîtra en mars aux éditions Xenia. En attendant, il nous a accordé au lendemain même de l’élection de Trump (qu’il avait anticipée) un entretien éclairant et franc du collier sur ce qu’est devenue l’Amérique. Ses propos sont d’une netteté et parfois d’une cruauté revigorantes.

Regarder sur YouTube (52 minutes), en anglais.

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Auteur : erlande

68 ans;45 ans d'expérience dans la communication à haut niveau;licencié en lettres classiques;catholique;gaulliste de gauche à la Malraux;libéral-étatiste à la Jacques Rueff;maître:Saint Thomas d'Aquin:pro-vie sans concession.Centres 'intérêt avec connaissances:théologie,metaphysie,philosophies particulières,morale,affectivité,esthétique,politique,économie,démographie,histoire,sciences physique:physique,astrophysique;sciences de la vie:biologie;sciences humaines:psychologie cognitive,sociologie;statistiques;beaux-arts:littérature,poésie,théâtre,essais,pamphlets;musique classique.Expériences proffessionnelles:toujours chef et responsable:chômage,jeunesse,toxicomanies,énergies,enseignant,conseil en communication:para-pubis,industrie,services;livres;expérience parallèle:campagne électorale gaulliste.Documentation:5 000 livres,plusieurs centaines d'articles.Personnalité:indifférent à l'argent et aux biens matériels;généraliste et pas spécialiste:de minimis non curat praetor;pas de loisirs,plus de vacances;mémoire d'éléphant,pessimiste actif,pas homme de ressentiment;peur de rien sauf du jugement de Dieu.Santé physique:aveugle d'un oeil,l'autre très faible;gammapathie monoclonale stable;compressions de divers nerfs mal placés et plus opérable;névralgies violentes insoignables;trous dans les poumons non cancéreux pour le moment,insomniaque.Situation matérielle:fauché comme les blés.Combatif mais sans haine.Ma devise:servir.Bref,un apax qui exaspère tout le monde mais la réciproque est vraie!

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